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Ils ont aimé !



Jean-Vincent A.
Octobre 2009



La critique se doit d'être engagée au risque de ne pas plaire. C'est pourquoi j'avoue franchement avoir beaucoup aimé ce livre. 
La première raison est que le sujet, bien que je me doutais qu'il existât, m'était en fait complètement inconnu. L'auteur nous délivre avec une acuité certaine les rouages et les ficelles  que l'on se doit de connaître lorsque l'on fréquente les sites de rencontre sur Internet. Nous y sommes aidés car le "je" du livre nous dévoile non seulement tous les propos qu'il tient au clavier, mais aussi toutes les petites remarques qui traversent son esprit. Et nous passons alors du très drôle au pathétique car le "je" joue, juge et jubile mais en fait livre aussi, et petit à petit au lecteur, sa condition de faux quêteur solitaire et de mauvais perdant. De là à croire que l'auteur nous sert sur un plateau de papier ses propres expériences me semble bien hasardeux car nous ne faisons plus aujourd'hui dans le Sainte-Beuve, bien que l'on sente qu'il y ait beaucoup de réalités dans le roman. Et nous trouvons alors une qualité intrinsèque de ce livre : celle de la description, non d'une histoire d'amour simple et reproductible que l'on retrouve dans tous les romans de la rentrée littéraire de septembre, mais d'un fait réel de société. Et la valeur descriptive que ce livre contient, restera, même quand nous le lirons dans cinquante ans. C'est pourquoi, sans exagérer, ce livre porte en lui une valeur qualifiable d'"historique". Marcel Proust décrit le petit "noyau" des Verdurin probablement sans tricherie et nous montre une petite partie de la société de la fin du XIXè siècle. "M@il à Elise" nous décrit les rencontres d'aujourd'hui sur Internet. Je pourrais dire à mes enfants qui voudront ouvrir ce livre, que je pense garder bien précieusement : "Oui ! Ce que dit le livre était la réalité." 
La deuxième grande raison qui me fait apprécier ce livre tient dans le déroulement des fils (ou "posts" pour utiliser un mot moderne) et leurs dénouements.  Les "histoires" des rencontres tiennent en haleine le lecteur qui, se prenant sans le vouloir au jeu du "je", peut éprouver et une certaine empathie et un certain dégoût pour le héros (qui côtoie parfois l'anti-héros, d'ailleurs). Le style du livre est très varié et la grande trouvaille typographique des "échanges multiples" mérite que l'on en parle. L'auteur arriverait même, le temps de quelques pages, à rivaliser avec la verve pleine de suspens d'un San Antonio. Et l'on retrouve alors des situations cocasses, des rencontres terriblement amusantes, perverses dont le bouquet final à la Cour Carrée du Louvre tend vers l'affreuse et dégradante humiliation dont on a le droit de rire, mais qui nous indiquent bien que les discussions virtuelles sont non seulement des dialogues truffés de faux-semblants et de péchés par omission, mais aussi des propos échangés, plus avec son soi-propre que véritablement avec les autres. 
Je pensais qu'il n'y avait que des crimes, des morts et des enquêtes dans les romans actuels. Ce M@il à Elise que j'aurais pu croire être un roman musical m'a livré non le contraire mais un regard acéré sur une société où les solitaires ne sont peut-être pas plus nombreux qu'autrefois, mais dont les moyens de communication offrent une multitude de possibilités d'expression de soi, de rêves et de contes de fées qui se révèlent en fait, souvent, désenchantés.

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