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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 09:00

    Pour vous amis FB

 

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Une terrible beauté est née

 

 

Ce sont les finitions qui demandent le plus de talent. Tant d’efforts et d’attente, et tant de sacrifices. Il a fallu couper, réduire, tendre, aspirer, injecter, combler, sculpter, lisser cette argile exquise pour lui donner la grâce. Et puis redessiner un à un les contours, réajuster la symétrie échappée par langueur, tricher un peu par-ci, gommer un peu par-là, assouplir, raffermir.

L’arc-en ciel des souffrances a tiré sur les traits jusqu’aux dernières limites, donnant dans l’intervalle une vision terrible, aux calendes de l’image attendue. De l’oeuvre inachevée avant le vernissage, je vous ai épargné les visions successives, effroyables et grotesques ; mimes d’une tragédie pleinement consentie.

Je suis ma propre ébauche, la seule inspiration de l’artiste complice. Il est là devant moi, d’un blanc chirurgical, concentré dans l’instant libératoire. C’est lui qui jugera d’abord avant de me montrer, et ma satisfaction passera par la sienne. S’il faut recommencer et peaufiner encore, ajouter un détail, il me conseillera. Je n’ai d’autre avis que le sien, pourvu qu’il me contente. L’argent n’a pas de prix pour cette beauté là. Car il me l’a promise et moi, je me la dois.

Le crêpe glisse en silence, se détendant enfin. L’air reprend sur ma peau l’épaisseur oubliée. Ses doigts de latex m’explorent : prudemment d’abord, puis indécents très vite. J’ai depuis bien longtemps amorti ce coût-là : celui de la profanation, coutumière, obligée. D’une main il cisèle et de l’autre, il palpe.

Je peux ouvrir mes yeux en face du miroir.

Nouvelle née je suis, nue, sur mon nid de bandages. Le praticien s’efface, laissant le champ à l’œuvre. Le galbe de mes seins est gonflé d’arrogance, mon ventre est plat et ferme, mon visage céleste. Pas besoin de cliché pour la comparaison : j’ai volé tant d’années à l’injure du temps, et puis me voilà belle ! Enfin ! Qu’importe la jeunesse sans l’éclat et le charme, qu’importe la vigueur sans l’audace charnelle !

Ma victoire est terrible, et pour combien de temps ?

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Par Jean-baptiste SEIGNEURIC
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