Vendredi 31 juillet 2009
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10:52
« Je me souviens en particulier de mon premier échange ici. C’était il y a plusieurs mois.
— J’aime bien ta fiche, tu veux discuter avec moi ?
La formulation enfantine ne perdait rien en efficacité. La curiosité aidant, je me suis laissé guider jusqu’au salon de dialogue. Juste elle et moi ! Dans un salon privé ! Le
romantisme ne serait-il donc pas mort ? Après tout, la virtualité n’empêche ni le confort, ni l’intimité… Les questions pleuvaient.
— Combien voudrais-tu avoir d’enfants ?
Ou encore :
— Qu’est-ce que tu attends d’une relation avec une femme ?
Qu’est-ce que j’en savais moi-même, de tout cela ? Plus les questions se faisaient pressantes, plus je prenais du recul. Plus elle s’énervait, plus je mettais de mollesse dans mes réponses.
— Tu n’es pas très gentil.
— Tu sais, on commence à peine à dialoguer, et j’ai besoin de temps pour savoir si j’ai envie de m’intéresser vraiment aux gens.
— Tu es bizarre.
— Je ne sais pas qui est bizarre. Toi qui as l’air si pressée ou moi qui ai envie de prendre mon temps. C’est grave de vouloir prendre son temps ?
— Tu ne sais pas ce que tu perds, tu sais, je suis très jolie.
Presque instantanément, une photo était apparue sur l’écran. Le charme agissait. Prêt à interrompre le dialogue quelques secondes plus tôt, je me trouvais d’un coup hésitant, simplement pour une
photo. Sûre de son effet, elle attendait que je me trahisse. Je choisissais de ne pas répondre.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Tu ne me trouves pas jolie ?
— Si, mais ce n’est pas une raison. Il ne s’agit que d’une photo.
Nouvelle photo, plus remarquable encore où tout était pensé pour séduire et donner envie d’acheter le produit.
— Et là ?
— Il faut mettre une note ?
— T’es con ou quoi ?
— Ça t’énerve qu’on te résiste ?
— C’est bien la première fois que l’on me traite comme ça ! Tu n’es pas normal ?
— Tu devrais mieux choisir les raisons pour lesquelles tu voudrais qu’on s’intéresse à toi !
— C’est bien ce que je pensais, tu es fou.
— Pas assez pour tomber dans le panneau. Allez bonne nuit.
— C’est pas toi qui t’en vas, c’est moi qui te jette connard, salut !
Tel fut mon baptême du feu. »
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